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842 - le serment de Strasbourg

22 Janvier 2010 , Rédigé par histege Publié dans #Lire

LES SERMENTS DE STRASBOURG, 842

 


        
Historien et homme de guerre, Nithard (mort vers 844), petit-fils de Charlemagne, a bien connu l’histoire de ses cousins, les fils de Louis le Pieux. S’exprimant en latin, il reproduit de mémoire et de manière exceptionnelle les serments de Louis le Germanique, en roman et de Charles le Chauve, en tudesque, prononcés le 14 février 842. La transcription de Nithard est le premier témoignage écrits conservé de ces deux langues, ancêtres respectifs du français et de l’allemand. Les deux frères font alliance contre l’aîné, Lothaire.

 

         « Louis, étant l’aîné, jura le premier [] ;

         Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, d’ist di in avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift, in o quid il mi altresi fazet et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui, meon vol, cist meon fradre Karle in damno sit.

 

 

Lorsque Louis eut terminé, Charles répéta le même serment en langue tudesque :

         In Godes minna ind in thes christianes folches ind unser bedhero gehaltnissi, fon thesemo dage frammordes, so fram so mir Got geuuizci indi mahd furgibit, so haldih thesan minan bruodher, soso man mit rehtu sinan bruher scal, in thiu thaz er mig so sama duo, indi mit Ludheren in nohheiniu thing ne gegango, the, minan uuillon, imo ce scadhen uuerdhen.

 

Et le serment que prononça chaque nation dans sa propre langue est ainsi conçu en langue romane :

         Si Lodhuuigs sagrament que son fradre Karlo jurat conservat et Karlus, meos sendra, de suo part non l’ostanit, si io returnar non l’int pois, ne io ne neuls cui eo returnar int pois, in nulla aiudha contra Lodhuuuig nun li iu er.

 

Et en langue tudesque :

         Oba Karl then eid then er sinemo bruodher Ludhuuuige gesuor geleistit, indi Ludhuuuig, min herro, then er imo gesuor forbrihchit, ob ih inan es iruuenden ne mag, noh ih noh thero nohhein, then ih es iruuenden mag, uuidhar Karle imo ce follusti ne uuirdhit.»

     « Louis, étant l’aîné, jura le premier [] ;

Pour l’amour de Dieu et pour le peuple chrétien et notre salut commun, à partir d’aujourd’hui, en tant que Dieu me donnera savoir et pouvoir, je secourrai ce mien frère Charles par mon aide et en toute chose, comme on doit secourir son frère, selon l’équité, à condition qu’il fasse de même pour moi, et je ne tiendrai jamais avec Lothaire aucun plaid qui, de ma volonté, puisse être dommageable à mon frère Charles.

Lorsque Louis eut terminé, Charles répéta le même serment en langue tudesque :

         Pour l’amour de Dieu et pour le salut du peuple chrétien et notre salut à tous deux, à partir de ce jour dorénavant, autant que Dieu m’en donnera savoir et pouvoir, je secourrai ce mien frère, comme on doit selon l’équité secourir son frère, à condition qu’il en fasse autant pour moi, et je n’entrerai avec Lothaire en aucun arrangement qui, de ma volonté, puisse lui être dommageable.

    Et le serment que prononça chaque nation dans sa propre langue est ainsi conçu en langue romane :

         Si Louis observe le serment qu’il jure à son frère Charles et que Charles, mon seigneur, de son côté, ne le maintient pas, si je ne puis l’en détourner, ni moi ni aucun de ceux que j’en pourrai détourner, nous ne lui serons d’aucune aide contre Louis.

    Et en langue tudesque :

Si Charles observe le serment qu’il a juré à son frère Louis et que Louis, mon seigneur, rompt celui qu’il lui a juré, si je ne puis l’en détourner, ni moi ni aucun de ceux que j’en pourrai détourner, nous ne lui prêterons aucune aide contre Charles.

 

Nithard, Histoire des fils de Louis le Pieux,

édition et traduction par P. Lauer,

Paris, Les Belles Lettres, 1964, p. 105-109.

 

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