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Les décolonisations - Histoire - 3e

15 Mai 2009 , Rédigé par histege Publié dans #Cours de base


DÉCOLONISATION ET "TIERS-MONDE"

 



         La colonisation est la domination d'un État (aux époques modernes et contemporaines, toutes les puissances coloniales sont organisées en États) sur un autre État ou territoire (ayant une organisation sociale et politique), relevant chacun, presque toujours, de deux aires culturelles différentes (certains auteurs utilisent le vieux vocable de "civilisation"). 


         Les Amériques latine et anglo-saxonne, avec l’Océanie et l'Afrique du Sud, ont déjà acquis leur indépendance réelle ou de facto, de la fin du XVIIIe siècle au début du XXe siècle. Cependant, celle-ci est très spécifique car ce sont des mondes issus de l’Europe ou des mondes créoles qui obtiennent leur indépendance. Ce sont, en réalité, des colonisations définitives, qui ont « réussi », en se détachant des métropoles et en s’imposant aux populations antécédentes. La colonisation atteint son apogée en Afrique et en Asie dans le premier tiers du XXe siècle, comme en témoigne l’Exposition coloniale de 1930 en France.


           La confrontation se poursuit, mais prend une autre direction au milieu du XXe siècle : il s'agit de décolonisations et d'indépendances.
 


I. LES EMPIRES COLONIAUX SONT EN CRISE

 

 

         1. Les Européens, responsables des deux guerres mondiales, en sortent affaiblis, y compris les puissances coloniales (Royaume-Uni, France, Pays-Bas, Belgique). Deux superpuissances, les États-Unis et l’URSS, montent en puissance et les concurrencent.

         2. Parallèlement, on assiste à la montée des nationalismes et des volontés d’indépendance dans les colonies. Engagées dans les deux guerres mondiales, les colonies contribuent largement à la victoire des Alliés, soit par l’engagement militaire direct, soit par la fourniture de main-d’œuvre (Indiens pour les Britanniques, Indonésiens pour les Néerlandais, Maghrébins et Noirs-Africains pour les Français...). Ayant défendu des idées de liberté, la fin de la guerre est le moment pour eux de redevenir indépendants.

         3. L’URSS et les États-Unis soutiennent l’anticolonialisme et l’ONU proclame en 1945 l’égalité des peuples et leur droit à l’autodétermination.


 

II. LES DÉCOLONISATIONS

 

         La décolonisation commence en Asie dans les années 1950 et s’étend à l’Afrique lors de la décennie suivante. Elle se fait de deux façons :

         1. Les indépendances négociées (mais non dénuées de violence). Côté britannique, la décolonisation part de l’Inde : le mahâtmâ GANDHI, partisan de l’action non-violente et Nehru négocient leur indépendance avec les Anglais. Mais un conflit sanglant entre Indiens et Musulmans débouche sur la partition du pays en deux États en 1947 (République indienne ; Pakistan). Côté français, la Tunisie et le Maroc gagnent leur indépendance en négociant (1954) ; les territoires d’Afrique noire obtiennent d’abord plus d’autonomie en 1956, puis l’indépendance en 1960.

         2. Les indépendances obtenues par la guerre. Le refus des Néerlandais en Indonésie et des Français en Indochine et en Algérie de libérer leurs colonies entraîne des conflits militaires, longs et meurtriers. Le Vietnam devient indépendant en 1945 (sous la direction de HÔ CHI MINH). Mais, les Français, qui cherchent à reprendre pied dans le pays, déclenchent une guerre de huit ans (1946-1954), qui se termine par leur défaite à Diên Biên Phu et la proclamation de l’indépendance du Vietnam à Genève (1954).

         Aussitôt se déclenche la guerre d’Algérie (1er novembre 1954) qui dure également huit années (1954-1962). Le Front de Libération Nationale (F.L.N.) mène la guerre contre les Français. La violence fait rage : guerre subversive menée par le F.L.N., avec des atrocités et ratissages, camps de regroupement et usage de la torture par l’armée française. Le conflit débouche sur les accords d’Evian en 1962 qui proclament l’indépendance de l’Algérie.

         3. La carte du monde est ainsi profondément modifiée, avec de beaucoup de nouveaux États. Pour certains (comme le Maroc), il s’agit d’une résurgence. Pour d’autres, ils procèdent en grande partie de la territorialisation coloniale, qui a découpé les frontières. Une part d’entre eux conserve la langue officielle des anciens pays colonisateurs (anglais, français...).

 


III. L’ÉMERGENCE ET LA FIN DU "TIERS-MONDE"

 

Un ensemble d’États se forme, d’abord appelé “Tiers-Monde (l’expression est inventée par le Français Alfred Sauvy, sur le modèle du « Tiers-État ») ; les deux autres “mondes” étant formés des Occidentaux (Européens et Américains) et du camp soviétique (URSS et autres pays communistes). Remarque : vus d’un peu plus haut, ces deux mondes forment en réalité l’Occident (la Russie en étant abusivement exclue). 
         1. Ces nouveaux États représentent la plus grande partie du monde, mais n’ont aucun poids politique. En avril 1955, 29 pays africains et asiatiques se rencontrent à la conférence de Bandung : Nehru estime que leurs pays ont des problèmes particuliers à résoudre et que la division Est-Ouest ne les concerne pas. C’est la politique du non-alignement : rester neutres par rapport aux États-Unis et à l’URSS.

         2. Le "Tiers-Monde" n’échappe cependant pas à l’emprise de la guerre froide, comme en témoigne la crise de Suez. Certains pays ne respectent d’ailleurs pas le non-alignement et font alliance avec les deux grands, ainsi pendant la guerre du Vietnam.

         3. L'éclatement de l'URSS en 1991 correspond, pour partie, à un mouvement de décolonisation, notamment par l'accession à l'indépendance des États d'Asie centrale. Cependant, le monde sibérien échappe au mouvement et peut prendre la voie d'une colonisation définitive, comme en Amérique du Nord. Aujourd’hui, le mouvement des non-alignés et la guerre froide n’existent plus. La plupart des États issus de la décolonisation sont représentés à l’ONU. 
        
4. Un dialogue Nord-Sud limité.
L’ONU crée en 1964 la CNUCED (Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement) pour diminuer l’écart entre pays riches du Nord et pays pauvres du Sud. Ses résultats restent anecdotiques. Le "Tiers-Monde" connaît au contraire le surendettement, en raison de l’explosion démographique, de l’inégalité des échanges avec les pays riches et de l’emprunt de capitaux contractés auprès de ces derniers et destinés à développer l’économie. Si certains États, dits « émergeants », se développent vite, beaucoup connaissent de graves difficultés économiques — voire une régression pour quelques uns — et des conflits politiques. Le dialogue Nord-Sud est souvent en panne. De nouveaux pôles de puissance émergent en son sein, comme la Chine surtout, l'Inde ou encore le Brésil.
 

         Le mouvement de décolonisation, en grande partie réalisé, n'est cependant pas achevé. L’expression « Tiers-Monde » est aujourd’hui abandonnée. Ce « monde » n’a jamais pu former un ensemble consistant, capable de s’unir réellement et de peser dans le cadre géopolitique mondial.

 

© A. Sadki

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