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Arno Breker, Le Garde, 1940, parcours artistique

24 Avril 2016 , Rédigé par histege

Parcours artistique : Le Garde d'Arno Breker, 1940

Parcours retenu : le métissage

Thématique : Arts du visuel

Repère historique : Arts, États et pouvoir

Problématique : En quoi ​Le Garde d’Arno Breker illustre-t-il la doctrine nazie et le refus du métissage ?

 

Titre : ​Le Garde

 

Auteur : Arno BREKER est un sculpteur allemand (1900-1991). Il étudie les Beaux-arts, puis se forme à la sculpture antique à Paris et à Rome, dans le cadre du mouvement du néoclassicisme (mouvement qui imite ou renouvelle l’art classique gréco-romain et l’art de la Renaissance). Rentré en Allemagne en 1934, il devient le sculpteur préféré d’Hitler, le sculpteur officiel du IIIe Reich. Il bénéficie des grands moyens financiers de l’État nazi avec pour objectif de décorer la capitale, Berlin qui devait être transformée en Germania, une capitale pour mille ans de règne.

 

Maquette de Germania, 1939, conservée au Deutsches Bundesarchiv

 

 

Présentation de l'oeuvre

 

​Nature de l'oeuvre : Il s’agit de l’esquisse en plâtre d’une sculpture géante en bas-relief (exécutée sur un mur, en marquant faiblement le relief) qui n’a jamais été réalisée. C’est une œuvre de commande officielle par l’État nazi. La plus grande partie de ses œuvres d’Arno Breker, mêmes les esquisses, sont détruites en 1945.

​Date : 1940

23 juin 1940 : Hitler au centre et Arno Breker à droite, à Paris. La photo symbolise la victoire de l’Allemagne nazie et la défaite de la France, à l'issue de la campagne de France.

Le contexte historique

Cette œuvre a été réalisée pendant... Le nazisme est au pouvoir en Allemagne depuis 1933, dans le cadre du IIIe Reich depuis l’année suivante. On est au début de la Deuxième Guerre Mondiale : l’Allemagne nazie s’est lancée à la conquête de l’Europe et multiplie les grandes victoires militaires. C’est une phase d’optimisme et de triomphe pour les nazis.

Ž​Décrire l'oeuvre

Cette œuvre parle de / met en scène / illustre... Un guerrier germanique est en train de dégainer son arme et de partir au combat. Il est représenté totalement nu, avec une forte musculature, ainsi qu’un géant, le visage émacié et anguleux, le front haut, le nez droit (à la grecque), fronçant des sourcils aigus, le menton pointu en avant, les cheveux huilés en arrière. Les bras et surtout les jambes paraissent démesurés par rapport au reste du corps, tels que la tête et les parties génitales (ce dernier élément est un leitmotiv de l’époque classique grecque). Sa cape vole au vent, comme un prolongement de sa chevelure. Il porte un glaive qu’il est en train de sortir de son fourreau. Son genou droit est plié et s’appuie sur le piédestal de la statue, avec une autre cape et un bouclier au pied.

Analyse en fonction de la thématique

Cette œuvre illustre bien la problématique...

Tout d'abord + premier argument développé + référence précise à l'œuvre. Cette œuvre se remarque par ses nombreuses références à l’antique, à l’idéal du beau grec, à la sculpture gréco-romaine : le nu, la précision anatomique, le classicisme, reconnaissance à la symétrie et à l’apparente proportion et harmonie des formes. L’ensemble est structuré par des formes géométriques régulières : le V formé par la tête, le buste, les bras, la jambe droite, le pied gauche, le V très effilé du glaive... V d’ensemble du genou à la cape et à l’autre pied ; le cercle du bouclier (hoplon en grec). Une telle facture s’inspire également beaucoup de la sculpture romaine, notamment dans les sculptures géantes de combattants gaulois. L’art officiel nazi prolonge à sa manière le néoclassicisme qui s’est emparé d’une grande partie de l’Europe ou de l’Occident, en particulier du monde germanique au XIXe siècle. Il prolonge, à sa manière aussi, la sculpture de la Renaissance, notamment les sculptures puissantes de Michel-Ange.

Ensuite + deuxième argument développé + référence précise à l'œuvre. Cette œuvre est caractéristique de l’art fasciste, de l’art totalitaire, sous la déclinaison d’art officiel nazi. Œuvre de commande, œuvre de propagande : l’art sert à magnifier le régime nazi et à assurer sa domination. Il repose sur l’idée de la supériorité de la « race germanique », placée au sommet du groupe des « Aryens », qui cumulent les qualités et ont vocation à dominer le monde. L’ancienne mythologie germanique est ici remaniée dans le sens du nazisme. À l’inverse, les « races inférieures » ont vocation à être dominées, à servir d’esclaves (les « Slaves », les « Nègres ») ou à disparaître (les « Juifs »). Le nazisme est à la fois un nationalisme (pangermanisme) et un racisme : il reprend les thèses de l’Anglais Chamberlain, du Français Gobineau et de l’Allemand Rosenberg. Il met en scène la supériorité de l’Übermensch (« surhomme ») sur l’Untermensch (« sous-homme ») et se propose de créer un homme nouveau, façonnable, un prototype nazi. Le panneau fait la promotion de la virilité, du militarisme et de la guerre. L’action est rendue par l’impression de mouvement vers l’avant et de puissance renforcée par le V, la chevelure et la cape en arrière, volant au vent : la statue quitte son piédestal et s’anime. Plus largement, le but est de faire adhérer le spectateur et de le souder à la communauté « germanique ».

Enfin+ deuxième argument développé + référence précise à l'œuvre. L’œuvre reflète l’anti-métissage absolu. C’est le contraire du métissage (croisement et mélange de morphotypes et de cultures réputés différents) et du cosmopolitisme (ouverture à toutes les cultures du monde). Ces formes épurées consacrent le refus de la diversité, de l’irrégularité, du mélange, du métissage... Les Juifs et le métissage sont considérés comme les responsables de la défaite de l’Allemagne en 1918. Ces griefs se cristalliseraient dans l’« art dégénéré », fustigé officiellement depuis 1937 : « l’art nègre », « l’art juif », « l’art moderne » (Die Brücke, Der Blaue Reiter, l’expressionnisme, le Bauhaus, la Nouvelle Objectivité ; des peintres comme Otto Dix), « l’art des aliénés »... D’une manière générale, c’est une réaction contre la diversité et l’inventivité culturelle de la République de Weimar (1919-1934). La « pureté du sang allemand » et de la « race germanique » tient exclusivement dans des blonds aux yeux bleus, grands, puissants et sans défauts (rappel : le mot « race » n’a pas de valeur scientifique). L’œuvre prend place dans le processus politique nazi, les lois de Nuremberg contre les Juifs, la propagande contre les « Nègres », la pratique de l’eugénisme (pratique qui consiste à sélectionner certains traits de caractères héréditaires et à en exclure d’autres par des croisements dans le but « d’améliorer » un morphotype humain), puis de l’euthanasie (mise à mort volontaire d’un individu ou d’une catégorie de population), notamment contre les handicapés, les aliénés etc. Il s’agit ici d’aider de manière volontariste un processus dit de sélection naturelle. L’art moderne, spécialement l’art abstrait, est considéré comme luttant contre le « peuple allemand » et le pervertissant.

Mettre en relation avec d'autres oeuvres

Démarche à rebours, de l'époque contemporaine à l'Antiquité.

1) L'art nazi

- Arno Breker, exemple : Le combat contre les serpents, 1940 :

 

 

- Autre exemple d’art nazi :

 

Bas-relief monumental d’un cavalier germanique,

Vogelsang (dans l’Eiffel), centre de formation des cadres du parti nazi

 

2) La sculpture de la Renaissance, exemple : David, de Michel-Ange

 

dates : 1501-1504

 

3) La source première est la sculpture hellénistique, en particulier les groupes sculptés réalisés à la fin du IIIe siècle avant J.-C. sur ordre du roi de Pergame, Attale Ier, pour commémorer ses victoires contre l’invasion galate (Gauloise). Un groupe est placé dans la capitale Pergame et un autre, de dimension plus réduite, sur l’Acropole d’Athènes. Le thème des Galates vaincus va faire florès. On les connaît surtout par des copies romaines, comme :

- le Gaulois du Musée du Capitole (Rome) :

 

- La Statue de Galate (Gaulois) blessé du Musée du Louvre (Paris), Ier-IIe siècle après J.-C. (reproduction et diffusion sur internet interdite, propriété du musée du Louvre)

 

 

On peut remarquer, selon un processus de l'Antiquité vers l'époque contemporaine :

1) l’assimilation entre la figure grecque du Gaulois et la figure beaucoup plus tardive du Germain

2) le processus d’inversion entre le Gaulois vaincu ou mourant et le Germain triomphant

3) les inflexions mythologiques. À partir (du XVIe siècle, voir par exemple le rôle d’Etienne Pasquier et surtout) de la fin du XVIIIe siècle, les Français se créent une mythologie qui les rattache aux Gaulois, pendant que les États de langue allemande (la Prusse..., puis l’Allemagne à partir de 1871) se créent une mythologie germanique en réaction. Deux les figures sont particulièrement mises en opposition : Vercingétorix et Arminius.

 

 

Statue monumentale de Vercingétorix, par le sculpteur Aimé Millet, mise en place en 1865 à Alise-Sainte-Marie (site réputé être celui d’Alésia). Vercingétorix est le chef de la révolte gauloise, vaincu par Jules César en 52 avant J-C, à Alésia.

 

Statue monumentale d’Arminius, dit « Herman » par Ernst Von Bandel, réalisée de 1838 à 1875. Arminius, un des chefs des Chérusques, détruit les trois légions romaines de Varus dans la forêt de Teutoburg en 9 avant J-C.

 

 

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